16/03/2017 - Ribeyre et Baron

VINCENNES
Résultat : 25.000 euros / Etude Ribeyre et Baron, 16 mars 2017, hôtel Drouot

Résultat 25.000,00 euros

Lot 96

Vincennes

Rare pot à bouillon reposant sur trois pieds à décor polychrome sur une face d’un homme debout poussant sur la glace une jeune femme assise sur une chaise à patins et sur l’autre face d’un jeune homme debout observant caché derrière un rocher une femme assoupie, les rochers et les arbres sont en camaïeu pourpre et violet, de part et d’autre sont peints des insectes et fleurs de botaniques ombrés, l’anse décorée en or de rinceaux entrelacés dans le style de Meissen, filet et rehauts d’or sur les bords, les pieds et le déversoir.
Marqué : épées croisées en bleu et F en lettre cursive en or.
XVIIIe siècle, vers 1748.
H. 14 cm, L. 15 cm.
Le couvercle absent, fêlure sur le déversoir.

20.000/25.000 €

A rare Vincennes pot à bouillon, circa 1748, marked with the crossed swords

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CATALOGUE NOTE

Cette forme est directement inspirée d’un pot à lait couvert créé à Meissen au début des années 1730 (Rückert¸ Meissener Porzellan, 1966, n°294).
Sa dénomination à Vincennes n’est pas certaine et plusieurs suggestions ont été proposées : l’inventaire de 1752 mentionne des pots à bouillon, pots à lait à 3 pieds et un moule pour une théyère ronde à 3 pieds (Tamara Préaud, Antoinette Hallé, Porcelaines de Vincennes, 1978, p. 77 et Svend Eriksen, Sir Geoffrey de Bellaigue, Sèvres Porcelain¸1987, n° 37, p. 220). Dans le même inventaire figurent trois marmittes miniatures mauvaises à 10 livres (Tamara Préaud, Antoine d’Albis, La Porcelaine de Vincennes, p. 141).

Cette forme est connue en porcelaine de Vincennes en peu exemplaires. Deux pots à trois pieds sont conservés au musée de Sèvres (Tamara Préaud, Antoinette Hallé, op. cit., n° 170-171), l’un décoré de fleurs, l’autre d’une scène mythologique. Un autre décoré de scènes de port dans le style de Meissen est passé en vente à Londres en 1978 (Christie’s, Londres, 3 juillet 1978, lot 157, puis à nouveau Christie’s, Londres, 25 novembre 2014, lot 3), un quatrième également dans le style de Meissen s’est vendu à Londres en 1995 (Christie’s, Londres, 6 mars 1995, lot 79), un cinquième décoré de fleurs est s’est vendu à Drouot en 2010 (Piasa, 4 juin 2010, lot 287, aujourd’hui dans la collection Belvedere, voir Joanna Gwilt, Vincennes and Early Sèvres porcelain from the Belvedere collection, 2014, n° 14, pp. 64-65).

La rare marque formée des épées croisées en bleu apparait sur un très petits nombre de porcelaines de Vincennes. Elle est parfois accompagnée d’une fleur de lis ou encore des initiales L, O et F pour Jean Henri Louis Orry de Fulvy, frère du ministre des Finances et actionnaire principal de la manufacture de Vincennes jusqu’à sa mort en 1751 (A. d’Albis et T.M. Clarke, « Vincennes Porcelain for Orry de Fulvy », Apollo, juin 1989, pp. 379-384). L’emploi de la marque de Meissen à Vincennes est le reflet de l’intention première de rivaliser avec la manufacture saxonne et de faire et de fabriquer la porcelaine façon de Saxe peinte et dorée à figure humaine.

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Le décor est également dans l’esprit des porcelaines de Meissen, cependant les sources sont bien françaises. La scène de patinage est directement adaptée d’une gravure par François Boucher d’après Antoine Watteau publiée en 1728 dans un recueil intitulé Figures de différents caractères et la jeune femme assoupie observée par un jeune homme est très proche d’une toile de Nicolas Lancret vers 1730 pour l’hôtel de Boullongne, place Vendôme et aujourd’hui conservé au National Museum of Western Art de Tokyo.

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Les figures sur ce pot à bouillon sont probablement de la même main que celles peintes dans le style de Watteau sur un seau à bouteille conservé au musée de Sèvres (reproduit dans le catalogue de l’exposition Porcelaines de Vincennes, les origines de Sèvres, 14 octobre 1977-16 janvier 1978, n° 250, p.100, n° inv. MNC21126).

La marque F en or est mystérieuse. Indique-t-elle que ce pot à bouillon était destiné à Orry de Fulvy ? Est-ce une marque de doreur, bien qu’aucun doreur à cette date n’ait un patronyme commençant par un F ? Désigne-t-elle le frère Hippolyte, dont le patronyme était Le Faure, bénédictin qui vend en octobre 1748 à la manufacture de Vincennes un procédé de préparation et de pose de l’or. Le frère Hippolyte reste ensuite chargé de la préparation de l’or.

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