23/03/2018 - Pescheteau-Badin

VINCENNES
1.500 - 2.000 euros / Etude Pescheteau-Badin, 23 mars 2018

LOT n°146

VINCENNES

Figure en biscuit nommé l’Amitié au coeur représentant Madame de Pompadour, debout, drapée à l’Antique, appuyée contre une colonne ornée de guirlandes de fleurs, tenant un coeur dans la main droite.
Marque en creux : une flèche sous la base.
Modèle de Falconet.
XVIIIème siècle, vers 1755.
Bras droit cassé et recollé, éclat et coups de feu.
H. 17cm, L. 14 cm

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La figure représentant Madame de Pompadour sous les traits de l’Amitié, tenant un coeur, fut probablement commandée directement par la maitresse de Louis XV auprès du sculpteur Etienne-Maurice Falconet (Donald Ponser, " Mme de Pompadour as a Patron of the Visual Art ", the Art Bulletin, 72, n° 1, mars 1990, pp.88 et 95). Falconet s’est très probablement inspiré d’un dessin de François Boucher, gravé vers 1767 par Louis-Martin Bonnet, intitulé Offrante Sincère.

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Cette sculpture allégorique témoigne de l’intention de la marquise de Pompadour d’afficher ostensiblement sa place de favorite officielle du souverain, sa confidente et sa conseillère, malgré le changement dans sa relation avec le Roi, ne partageant plus son lit.
La marquise de Pompadour reçoit en présent de la manufacture de Vincennes à la fin de l’année 1755 19 figures de l’Amitié en biscuit. En marge du registre de vente, il est noté que " la figure l’Amitié ordonnée par Madame la Marquise de Pompadour étant son portrait, la Compagnie a crû ne devoir point en recevoir le payement et a fait prier Madame de Pompadour de le trouver bon " (Sèvres, cité de la céramique, arch. Vy1, f°110). Aucune autre figure de l’Amitié ne fut vendue par la manufacture.

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Madame de Pompadour commanda cette sculpture pour l’offrir à un cercle restreint de relations. Le Roi Louis XV commanda chez Lazare Duvaux sans doute pour soutenir cette figure le pied carré au prix de 800 livres à gorge et oves en or, pour une figure de porcelaine. La favorite achète également chez Duvaux un pied carré en bronze doré d’or moulu pour une figure de l’Amitié, pour M. Berryer à 26 livres. (Cordey, n° 2799, Nicolas-René Berryer, lieutenant général de police puis secrétaire d’Etat de la Marine) Deux socles furent achetés par la marquise en décembre 1760 (Vy3 f° 45v, Madame de Pompadour, 2 pieds d’estaux pour figures de l’Amitié à 84 chaque). L’une de ces deux figures sur socle rectangulaire à fond bleu lapis peinte à trophées par Charles-Nicolas Dodin est conservée au Wadsworth Atheneum de Hartford (voir Linda Roth, Clare Le Corbeiller, French Eighteenth-Century Porcelain at the Wadsworth Atheneum, 2000, n° 176, pp. 353-356). Le frère de madame de Pompadour, le marquis de Marigny, possédait l’une de ces deux figures de l’Amitié sur socle peint.

L’inventaire après décès de la marquise de Pompadour dressé mentionne dans l’hotel d’Evreux dans les armoires d’une des chambres du premier étage : " quatre figures de biscuits de Sèvres, représentant l’Amitié ".
Sur les dix-neuf figures livrés à la marquise de Pompadour, seuls quatre autres sont répertoriés, l’une conservée au musée de Sèvres, une sur socle à Hartford, une troisième au Bowes museum de Barnard Castle en Angleterre et la quatrième figurait dans l’ancienne collection d’Elisabeth Parke Firestone (vente New York, Christie’s, 21 mars 1991, lot 120)

Pour une étude de cette figure voir le catalogue de l’exposition Madame de Pompadour et les Arts,<<= Versailles, 2002 , Tamara Préaud, « les révolutions de la mode, madame de Pompadour et la sculpture en céramiques », n° 207, pp. 489-490