17-11-2018/Briscadieu Bordeaux

Jacques Barraband et Dihl et Guérhard
100.000 - 150.000 € / Etude Briscadieu, Bordeaux, 17 novembre 2018

Jacques Barraband (1768-1809) et manufacture de Dihl et Guérhard à Paris

Peinture sur plaque en porcelaine représentant un faisan doré de la Chine et trois perroquets (deux perruches Ara Garouba, originaires de Guyane et Brésil et un amazone de Cuba, originaire de Cuba, Bahamas, Cayman) sur une terrasse et troncs d’arbre.

Signée sur un rocher en bas à droite : Baraband an 6 et M.f.ture Dihl & Guerhard.

An VI, 22 septembre 1797-21 septembre 1798.
Hors cadre : 59,5 cm X 49, 3 cm.
Avec Cadre : 76 cm X 66 cm.
Cadre en bois doré d’origine (les rangs de perles sur le cadre manquants).

100.000 - 150.000 EUR

Jacques Barraband (1768-1809) and the Dihl & Guérhard manufactory in Paris

A large porcelain plaque painted with a golden pheasant from China and three parrots (two Ara Guarouba parakeets and Amazone from Cuba) on a terrasse and tree trunks.
Signed and dated on a rock on the right : Baraband an 6 et M.f.ture Dihl & Guerhard.
An VI, September 22 1797 - September 21 1798.
Unframed : 59,5 cm X 49,3 cm.
Framed : 76 cm X 66 cm.
Original gilded wood frame.
Estimate :100.000 - 150.000 EUR (115.000 - 170.000 US$)


Provenance :
Probablement Charles Athanase Walckenaer (1771-1852), ethnographe, entomologiste et géographe.
Par descendance, son arrière-petit-fils, Joseph Chavane de Dalmassy (1854-1954)
Par descendance jusqu’à l’actuel propriétaire.

Exposition :
Salon du 1er Thermidor an VI au muséum central des Arts (19 juillet 1798, musée du Louvre)
Jacques Barraband (1767-1809), exposition musée d’art et d’archéologie de Guéret, 17 juin - 18 septembre 2011, n° 12.

Provenance :
Probably Charles Athanase Walckener (1771-1852), ethnographer, entomologist, geographer.
By descent, his great grandson, Joseph Chavane de Dalmassy (1854-1954).
By descent until the current owner, Bordeaux.

Exhibition :
Salon on 1 Thermidor an VI at the museum central des arts (July 19th 1798, Louvre museum).
Jacques Barraband (1767-1809), exhibition at the museum of art and archeology in Guéret, June 17th - September 18th 2011, n° 12.

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Jacques Barraband est né à Aubusson en 1768 où son père dirigeait un atelier de tapisserie. Il se rend jeune à Paris et suit l’enseignement de l’Académie des Beaux-Arts. Il est également l’élève de Joseph Malaine à l’école des Gobelins jusqu’en 1792. Il peint à l’huile quelques toiles à la fin des années 1780, en particulier celles commandées par le tapissier d’Aubusson, Picon de Laubard.

La manufacture de porcelaine de Dihl et Guérhard est l’une des rares manufactures parisiennes nées sous l’Ancien Régime à avoir survécu à la révolution française et rencontré un grand succès au début du XIXe siècle. Les raisons de ces persistance et succès sont multiples mais tiennent en grande partie aux caractères et qualités de ses propriétaires. Christophe Dihl, sculpteur, s’associe le 25 février 1781 à Antoine Guérhard, bourgeois de Paris et sa femme Louis-Madeleine Croizé pour établir une manufacture de porcelaine rue de Bondy, l’un apportant son industrie, son talent, ses soins et une grande quantité de moules, les époux fournissant de leur côté 8.000 livres de fonds.
Pour échapper aux interdictions formulées dans les privilèges de la manufacture de Sèvres, ils se placent sous la protection du très jeune duc d’Angoulême. En 1785, la manufacture emploie déjà 12 sculpteurs et 30 peintres et se dit accablée de commandes et vendre considérablement. En 1787, un contemporain estime que la manufacture de Dihl et Guérhard égale à quelque chose près celle de Sèvres. Cette même année, les associés apportent 432.000 livres et déplacent la manufacture dans l’hôtel Bergeret qu’ils achètent rue du Temple. Des visiteurs illustres s’y succèdent : la baronne d’Oberkirch accompagne en 1786 la duchesse de Bourbon et remarque des vases et des services magnifiques. Gouverneur Morris, représentant des Etats Unis à Paris, achète à partir de 1789 des porcelaines pour Georges Washington, notant dans son journal : « nous trouvons que la porcelaine ici est plus élégante et meilleur marché que celle de Sèvres ».

L’an VI (1797-1798) est une année marquante pour Christophe Dihl. Il épouse Mme Guérhard, veuve depuis 1793, en présence des meilleurs peintres de la manufacture : Piat-Joseph Sauvage, Etienne-Charles Le Guay et sa jeune épouse Marie Victoire Jaquotot. Cette même année, Le Guay réalise le portrait de Christophe Dihl sur plaque de porcelaine, aujourd’hui conservé au musée de Sèvres. Le 28 Brumaire an VI et le 1er Thermidor an VI, Dihl expose au Salon plusieurs tableaux peints sur plaque de porcelaine et reçoit une récompense à l’Exposition des produits de l’industrie en 1798 pour tableaux peints sur porcelaine (La grande plaque peinte par Sauvage, présentée à l’Exposition des produits de l’industrie en l’an VI est aujourd’hui conservée au musée des Beaux-Arts de Bruxelles, voir Cyrille Froissart et John Whitehead : « Le peintre Piat-Joseph Sauvage et la porcelaine », Les Cahiers de Mairemont, 32-33, 2005, pp. 35-39).

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Portrait de Christophe Dihl par Leguay, 1797, musée de Sèvres.

Parmi ces tableaux sur porcelaine présentés au Salon de Thermidor an VI, figurent un paysage d’hiver et un clair de lune par Coste (n° 93 et 94), quatre portraits en miniature par Leguay (n°214), un bas-relief imitant le bronze par Sauvage (n° 362). Christophe Dihl expose également notre grand tableau par Jacques Barraband décrit dans la notice de cette exposition : Baraban, place Maubert, derrière le corps-de-garde n° 20 : Des oiseaux peints sur porcelaine pour la manufacture de Dihl et Guerhard, dite d’Angoulême, rue du Temple, près le Boulevard.

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Notice du Salon de l’an VI

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La même année, Jacques Barraband réalise la même peinture sur panneau de bois, signée et datée 1798. Ce panneau était présenté par la galerie Aaron en 1979 (reproduit en couverture du catalogue de l’exposition Didier Aaron, Paris, 22 novembre - 22 décembre 1979 et en couverture de l’ouvrage de Robert Guinot, Jacques Barraband¸ peintre sous Napoléon 1er, 2002).

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Huile sur panneau, Jacques Barraband, signé et daté 1798(Document Galerie Aaron)

L’exposition de sa peinture sur porcelaine au Salon de l’an VI révèle Jacques Barraband au public et marque le début de son succès. Entre 1801 et 1805, il fournit 145 aquarelles pour l’illustration de l’Histoire naturelle des perroquets de François Levaillant. En 1802, il collabore avec Percier et Fontaine et participe à la réalisation du cabinet de platine de la Casa del Labrador au palais d’Aranjuez. Il collabore à la Description de l’Egypte aux côtés de Vivant-Denon, Lelorgne de Savigny et Geoffroy Saint-Hilaire, en fournissant 44 aquarelles d’espèces d’oiseaux. Il travaille également pour la manufacture de porcelaine de Sèvres entre 1803 et 1806. Il réalise pour Sèvres une paire de vases à bandeaux décorés d’oiseaux sur des coupes, livrés à l’Empereur en mars 1806 et aujourd’hui conservés au château de Fontainebleau. Le Museum of Art de Boston conserve également un vase en porcelaine de Sèvres par Barraband. Il travaille parallèlement toujours pour Dihl et Guérhard, un autre tableau de Barraband sur porcelaine de cette manufacture représentant un bouquet et un nid est passé en vente publique (Versailles, étude Martin, 17 mars 1991, daté 1797).

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Plaque en porcelaine de Dihl et Guérhard Signée Barraband Mre de Dihl & Guérhard et datée 1797 Sale, Versailles, étude Martin, 17 mars 1991

Les recherches de Dihl sur les couleurs, les variétés de fonds obtenus, imitant l’agate, le lapis, le jaspe, l’écaille, le vermeil ou le bronze patiné à l’antique, associées aux pinceaux de peintres talentueux, Barraband, Le Guay ou Sauvage déjà évoqués mais également Drölling, Demarne ou Swebach, permettent à la manufacture d’être considérée à la fin du XVIIIe siècle et sous l’Empire comme l’une des premières en Europe. Dihl tente ainsi de hisser la porcelaine à un rang supérieur dans la hiérarchie des arts. Les commentaires du Salon de 1806 par Chaussard sont à ce propos instructifs : « Commençons par gémir de ce qu’un pinceau aussi brillant [celui de Demarne] soit obligé de se louer à des manufacturiers... Ainsi les manufacturiers absorbent et débauchent en quelque sorte les talens de MM. De Marne, Droling, Swebach, Mallet, etc... je dois considérer les peintures de M. Droling sous un autre aspect ; en effet, il est attaché aujourd’hui à une manufacture de porcelaine... Applaudissons néanmoins aux efforts et à la constance que M. Dihl a développée pour donner aux manufactures de porcelaine un éclat indépendant de celle de la fabrication et pour ajouter à leur prix par la valeur de la Peinture. Ce genre n’est point à dédaigner, il ouvre à l’industrie et aux arts de nouveaux débouchés, il donne au luxe un caractère de goût et d’élégance, il agrandit le domaine de l’art  ». Chaussard, Le Pausanias français, 1806, pp. 206-207, cité par Régine de Plinval de Guillebon, « La Manufacture de Porcelaine de Dihl et Guérhard », Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris, 1982, p. 185.

Régine de Plinval de Guillebon publie dans le même article la liste des plaques sur porcelaine toujours présentes chez Dihl en 1830 et mentionnées dans son inventaire après décès. Cette plaque par Jacques Barraband n’y figure pas. Elle ne fait pas partie non plus des plaques en porcelaine que Christophe Dihl vend à Londres chez Christie’s et Phillips (Christie’s, 6-9 mai 1814 et Phillips, 8 juin 1816).

Cette plaque appartenait à Joseph Chavane de Dalmassy (1854-1954) puis est restée dans sa descendance jusqu’à aujourd’hui. Il est très plausible que son arrière-grand-père, Charles Athanase Walckenaer (1771-1852), ethnographe, entomologiste et géographe, qui côtoyait le même cercle que Jacques Barraband, ait fait l’acquisition de ce tableau soi au Salon de 1798, soit au début du XIXe siècle.

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