14/06/2019 - Pescheteau-Badin

SÈVRES
10.000 - 15.000 € / Etude Pescheteau-Badin, 14 juin 2019, hôtel Drouot

Lot 103
Sèvres

Vase nommé vase buire ou vase en burette en porcelaine tendre, de la première grandeur, la partie inférieure ornée de godrons en relief à fond or, le col orné d’un rang de perles en relief à fond or, décor en or sur fond bleu nouveau de motifs d’oeil de perdrix se détachant sur un fond caillouté et sablé or, le déversoir décoré de peignés or.
Marqué : LL entrelacés, lettre-date N pour 1766.
XVIIIe siècle, 1766.
H. 29,5 cm.
Quelques usures d’or.

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Les mentions de vases buire ou vase en burette apparaissent dans les archives de la manufacture de Sèvres à partir de 1765.
Trois formes de vase buire différentes ont été réalisées à Sèvres.
Celle correspondant à notre vase produite en deux grandeurs est connue par une paire non datée à fond bleu nouveau et guirlandes de fleurs de la première grandeur conservée au musée du Louvre, provenant de l’ancienne collection du comte de Harewood (Christie’s, Londres, 1er juillet 1965, lot 33, reproduite par Pierre Ennès, Un défi au goût, catalogue d’exposition, 1997, n° 51, p. 101), une paire de même décor de la deuxième grandeur datée 1767 provenant des anciennes collections de Machault d’Arnouville est aujourd’hui conservée au Wadsworth Atheneum de Hartford (Linda Roth, French 18th Century Porcelain at the Wadsworth Atheneum, 2000, n° 68, pp. 130-133), une paire de la première grandeur à fond vert et guirlandes de fleurs provenant de l’ancienne collection Salomon de Rothschild, également au musée du Louvre, enfin, une paire à fond bleu et guirlandes de fleurs et conservée au château de Alnwick.
Une buire à panse plus ovoïde est connue par une paire de la première grandeur à fond bleu nouveau et guirlandes de fleurs datée 1766 conservée à la Wallace Collection de Londres (Rosalind Savill, The Wallace collection, Catalogue of the Sevres porcelain, 1988, vol. I, n° C286-7, pp. 286-290), une paire du même décor, également de 1766, mais de la deuxième grandeur est au Museum of Fine Arts de Boston et un vase buire seul de même décor est reproduit par Garnier lorsqu’il faisait partie de la collection Berthet (Edouard Garnier, La porcelaine tendre de Sèvres, 1889, pl. VI).
Enfin, une troisième forme plus allongée est connue par une paire à mouches d’or sur fond bleu nouveau dans les collections royales anglaises (Sir Geoffrey de Bellaigue, French porcelain in the Collection of Her Majesty the Queen, 2009, vol. I, n° 62, pp. 291-293), un vase dans l’ancienne collection Nicolier (Marcelle Brunet, Tamara Préaud, Sèvres des origines à nos jours, 1978, n° 137, p.170) et un exemplaire en porcelaine dure à fond noir à Belton House.
Le décor de ce vase buire est similaire à celui d’un vase pot-pourri ovale uni également daté 1766 conservé à la Wallace collection de Londres (Voir Rosalind Savill, The Wallace collection, Catalogue of the Sevres porcelain, vol. I, n° C.278, pp. 267-270). Ces deux vases ne semblent pas avoir fait partie d’une même garniture. Rosalind Savill suggère que le vase pot-pourri ovale est peut-être acheté seul par le baron de Breteuil pour 240 livres en 1768 (un vaze bleu nouveau). A l’appui de cette suggestion, l’auteur signale l’achat par Bouffet et Dangirard en mars 1769 d’une garniture composée d’un vase ovale bleu nouveau et or à 240 livres et de deux vases élevés bleu nouveau et or à 168 livres chaque. Cette garniture pourrait correspondre au vase pot-pourri ovale conservé au Detroit Institute of Art et une paire de vases à oreilles nouveaux conservée à la Walters Art Gallery de Baltimore, tous les trois datés 1767 et décorés comme le pot-pourri de la Wallace collection et notre vase buire de motifs caillouté et oeil de perdrix en or sur fond bleu nouveau.

Les registres de ventes de la manufacture de Sèvres mentionnent l’achat par le Roi Louis XV de deux burettes bleu nouveau en décembre 1766 à 300 livres chacune en même temps que deux pots-pourris ovales, quatre bouteilles et pots-pourris et deux caisses à fleurs, l’ensemble à fond bleu nouveau. Le 31 décembre 1766, le ministre Henri-Léonard Bertin achète deux vases en burettes bleu nouveau au prix de 96 livres chacune. La différence de prix laisse entendre que ceux livrés au Roi étaient de la première grandeur et ceux livrés à Bertin de la deuxième grandeur.
Le 20 octobre 1767, une burette à 240 livres est vendue comptant à un acheteur anonyme. Enfin, le 31 décembre 1767, sont offerts en présent à Mr de Machault : deux vases en burette bleu nouveau à couronnes au prix de 300 livres chacun.
Enfin il faut signaler la présence en stock à la manufacture au premier janvier 1774, mentionné dans l’inventaire alors réalisé, d’un vase en burette Beau bleu caillouté d’or au prix de 240 livres, un vase en burette beau bleu à 168 livres et deux vases buire fond vert guirlandes à 216 livres (ces derniers probablement ceux aujourd’hui au musée du Louvre). Le vase en burette beau bleu caillouté d’or pourrait correspondre à notre vase buire. Son prix est identique à celui vendu comptant en octobre 1767, qui pourrait donc être de même décor.