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SÈVRES - Déjeuner de la comtesse du Cayla, vue du château de Saint-Ouen
Adjugé 108.000 € - Vente du 24 mars 2005 - Sotheby’s Paris

Adjugé 108.000,00 euros

IMPORTANT DÉJEUNER EN PORCELAINE DE SÈVRES, VERS 1822, à décor de vues du Château de Saint-Ouen, de ses jardins et communs dans des cartouches rectangulaires cernés d’un cadre en or sur fond beau bleu orné de groupes d’animaux, termes antiques, instruments agraires et trophées en or bruni à l’effet. Frise de palmettes et rinceaux en or sur les bords. Il comprend un plateau de déjeuner ovale 1er grandeur, un pot à lait Brachard, un pot à sucre litron Fragonard couvert, deux tasses A.B. et leurs soucoupes et six assiettes ordinaires.

Peinture par Robert, Langlacé, Develly, Lebel, Poupart, la plupart des décors signés dans les paysages.

Marqué en bleu : LL entrelacés, fleurs de lis, 22. Année 1822.

(Une soucoupe et le couvercle du pot à sucre anciennement restaurés).

PROVENANCE
-  Commandé par le comte de Pradel, Ministre de la Maison du Roi le 10 août 1822
-  Offert par Louis XVIII à Zoé Victoire Talon, comtesse du Cayla (1785-1852)
-  Sa fille, Ugoline Valentine de Baschi du Cayla, princesse de Craon (1806-1885), épouse d’Edmond Victurnien de Beauvau.



Vues du Château de Saint Ouen


Ce déjeuner est commandé le 10 août 1822 à la manufacture de Sèvres par le comte de Pradel, Ministre de la Maison du Roi.

La composition et le programme étaient ainsi définit :

Commande de S.E. le Ministre de la Maison du Roi

Déjeuner composé ainsi qu’il suit 1 plateau ovale 1er gr / 2 tasses A.B. / 1 pot à lait Brachard / 1 pot à sucre lit. Fragonard / 2 Glacières A.B 1816 / 6 assiettes plates Le tout en beau bleu avec décoration en or laissant bien voir le bleu avec un cartel seulement sur chaque pièce pour y recevoir un paysage / Un paysage sur chaque pièce conformément au programme et aux dessins donnés au chef des ateliers de peinture. / Un boite pour le dr / A Livrer le 15 décembre 1822 (Arch. M.N.S., VTT II, f° 16).


Plusieurs peintres sont employés pour la réalisation de ce déjeuner et le détail de leurs travaux est noté sur la feuille d’appréciation n° 97 du 17 décembre 1822 (Arch. M.N.S., Pb5, appréciations de 1822). Jean Charles Develly peint une assiette et le pot à sucre pour lesquels il reçoit 100 francs et 75 francs. Le plateau ovale est peint par Caroline Robert, fille du peintre Demarne ; elle reçoit 800 francs. Nicolas Antoine Lebel peint deux assiettes et le pot à lait pour lequel il est payé 80 francs. Achille Poupart décore deux tasses A.B. et une assiette. Les deux dernières assiettes sont peintes par Jean-Baptiste Langlacé.

La dorure est confiée à Durosey et Boullemier. Elle est décrite dans les archives de la manufacture de Sèvres : Riches ornements relatifs aux plaisirs, occupations et soins de la campagne. Attributs en or brunis à plat et grattés. Cadres à relief brunis.

La manufacture conserve également les dessins sur carton de ces attributs (Arch. M.N.S. RXIII, d.5, pl. 18 1.2).

Le déjeuner est livré dans sa boite au Ministre de la Maison du Roi le 21 décembre 1822 (Arch. M.N.S. Vbb6 ; f° 14).

Chacun des éléments de ce déjeuner est décoré d’une vue du Château de Saint-Ouen, représenté sous différents angles, de ses dépendances et jardins. Le paysage peint sur le plateau est sans doute la vue faisant face au château.

En 1821, Louis XVIII fait raser l’ancien Château de Saint-Ouen et construire par l’architecte Huvé un nouveau château dont les premières pierres sont posées en juillet. Il est décoré et meublé, sans trace aux archives de la Maison du Roi, et l’ensemble est terminé à la fin de l’année 1822. Le Château de Saint-Ouen est officiellement acheté le 29 octobre 1822 par Madame du Cayla à l’architecte Huvé. En réalité, il est offert par Louis XVIII à la comtesse du Cayla avec laquelle il s’était lié à partir de 1817. Zoé-Victoire Talon, née en 1785, était la fille de l’avocat du Roi, Omer Talon. Elle est élevée chez Madame Campan et épouse en 1802 le comte Baschi du Cayla dont elle a deux enfants Ugolin et Ugoline.

La commande du déjeuner par le ministre de la Maison du Roi à la manufacture de Sèvres intervient au moment où s’achève la décoration du Château. Ce déjeuner est offert à la comtesse du Cayla très probablement à l’occasion des étrennes fin décembre 1822. Il est, en effet, mentionné dans l’inventaire dressé le 17 avril 1852 après son décès (Arch. Nat. Minutier Central. Etude XVII. 1276). Dans son Hôtel, 40 rue Saint Dominique, dans une pièce à côté du salon éclairée par deux fenêtres sur le jardin et servant de chambre à coucher, il est noté : Un étui en maroquin vert contenant un tête à tête en porcelaine dure de Sèvres, fonds bleu au grand feu, cartel paysage, attributs or mat, composé de : un plateau ovale, six assiettes, un pot à crème, un sucrier et deux paires de tasses, l’ensemble prisé 250 francs.

Les glacières qui complétaient ce déjeuner sont mentionnées dans l’inventaire sous le lot précédent et décrites comme des vases, ce qui cohérent vue la forme de la glacière A.B., munie d’anses et d’un pied, parfois dénommée vase glacière A.B. dans les archives de la manufacture de Sèvres. La composition atypique de ce déjeuner, sans théière ni cafetière, et son décor permettent l’identification de cette provenance. Dans l’inventaire après décès, la mention de deux paires de tasses est vraisemblablement une erreur de formulation.

Ugolin de Baschi du Cayla décède à Saint-Ouen en 1828 ; la fille de la comtesse du Cayla, Ugoline Valentine de Beauvau est seule héritière en 1852.

 

 

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