Résultats des ventes

Sèvres
Résultat : 983.150 euros - Sotheby’s, Piasa, Paris, 26 octobre 2011, Galerie Charpentier

Résultat : 983,150.00 euros
Record mondial pour des vases en porcelaine de Sèvres du XIXème siècle

Lot 178

Sèvres
EXCEPTIONNELLE PAIRE DE VASES MEDICIS DEUXIÈME GRANDEUR EN PORCELAINE DURE DE SÈVRES, L’UN DATÉ 1811, PEINTS ET SIGNÉS PAR JEAN-FRANÇOIS ROBERT

à décor polychrome sur fond écaille sur l’un de l’Empereur devant les coteaux de Bellevue et de Meudon, l’autre de l’Empereur et Marie-Louise en calèche devant le château de Saint-Cloud, au revers deux griffons affrontés autour d’une vasque flammée et encadrés de rinceaux et palmettes en or, guirlandes de grappes de raisins sur le col et frise de feuillage en dorure, socles carrés en bronze doré
Haut. 66 cm
Height 26 in



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PROVENANCE :
-  Livrés sur ordre de l’Empereur Napoléon 1er à son frère Jérôme, Roi de Westphalie, le 13 février 1812.

-  Prince Demidoff, vente Palais San Donato à Florence, 1 mars 1880, n° 122

-  Vente Paris, Etude Laurin, 9 décembre 1963, lot 39.

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Jérôme Bonaparte, Roi de Westphalie et sa femme Catherine de Würtemberg
devant les jardins du château de Wilhelmsöhle
Portrait de la princesse Mathilde (1820-1904) (Château de Versailles)

La grande qualité d’exécution des deux vases Médicis en porcelaine de Sèvres réalisés en 1811, la rareté des sujets représentés et leur intérêt historique, leur dimension spectaculaire, l’originalité et la prouesse du fond écaille, la force des ornements en or et la provenance prestigieuse de ces vases sont le reflet brillant de la puissance de Napoléon et du génie d’Alexandre Brongniart mis au service de la manufacture de Sèvres pour lui donner un nouveau souffle dans les premières années du XIXème siècle.

Les scènes peintes par Jean-François Robert sur les vases Médicis à fond écaille sont exceptionnelles. Quelques pièces d’usage mettent en scène la famille impériale dans des occupations de loisirs ou illustrent certaines résidences impériales mais ces représentations n’apparaissent que très rarement sur des vases, le plus souvent décorés de portraits officiels, sujets militaires ou scènes allégoriques.

Ainsi, le peintre Robert intervient en 1808-1809 sur vingt assiettes du service particulier de l’Empereur utilisé aux Tuileries dont une assiette est décorée d’une vue de Malmaison (aujourd’hui conservée au château de Malmaison) et une autre d’une vue de Sans-Souci (musée du Louvre) et plusieurs assiettes du service à marli d’or dont une assiette de 1812 décorée de l’Impératrice Marie-Louise se promenant à cheval (musée national de céramique à Sèvres).

Avec grande intelligence, Alexandre Brongniart, très certainement à l’origine de la définition du programme iconographique des vases Médicis, utilise les talents de l’un des meilleurs peintres de figures et paysages et la perfection technique nouvellement atteinte par la manufacture de Sèvres au service de la communication politique de l’Empereur.

L’un des vases illustre l’Empereur en promenade devant le château de Saint-Cloud, accompagné de Marie-Louise, qu’il a épousé civilement quelques mois auparavant dans ce même château et très certainement la Princesse Pauline, réunis dans une calèche mauve et or tirée par quatre chevaux blancs suivie d’une escorte parmi laquelle figure le mamelouk Roustan. Il faut rapprocher cette scène du plateau du déjeuner des vues des environs de Sèvres également peint par Jean-François Robert et offert par Napoléon à sa sœur Caroline, Reine de Naples en 1813. Le plateau de ce déjeuner, aujourd’hui conservé à la Fondation Napoléon, illustre également Napoléon et Marie Louise dans la calèche impériale au même attelage et équipage devant l’aqueduc de Buc.

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Détail du plateau de Déjeuner des Vues des environs de Sèvres, 1813, Fondation Napoléon, Paris.

L’autre vase représente l’Empereur sur les coteaux de Bellevue et de Meudon, très certainement au départ d’une chasse à courre. Napoléon sur son cheval blanc est accompagné de quatre grands dignitaires portant la plaque de l’Ordre de la Légion d’Honneur et vêtus de l’habit vert galonné d’or de la Vénerie de la Maison de l’Empereur. Est également présent à l’arrière le mamelouk Roustan coiffé d’un turban et tenant un pistolet dans la main droite. Cette scène est aussi à rapprocher de celle peinte par Robert sur le plateau du Cabaret des Chasses impériales, offert par Napoléon à la comtesse de Croix en 1812. L’Empereur porte le même habit et chevauche également son cheval blanc. A sa gauche, le mamelouk Roustan coiffé d’un turban le suit.

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Détail du plateau du Déjeuner des Chasses Impériales, 1812, Fondation Napoléon, Paris.

Le fond écaille employé sur les vases Médicis apparaît pour la première fois à Sèvres en 1790. Quelques assiettes d’échantillon décorées de ce fond et d’oiseaux d’après Buffon sont connues, l’une est conservée au musée de Sèvres.

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Assiette à fond écaille, Sèvres 1790 (Cité de la Céramique, Sèvres) - Assiette du service écaille de l’Empereur au château des Tuileries, 1803 (Château de Fontainebleau) - Vase Cordelier fond écaille livré à Saint-Cloud en 1800 (Musée du Louvre)

Il est très naturel et logique que le scientifique et minéralogiste Alexandre Brongniart ait eu le désir d’utiliser à nouveau ce fond écaille. Il est employé dès 1800 pour les vases Cordelier livrés pour la Galerie d’Apollon au Palais de Saint-Cloud en l’an X (aujourd’hui conservé au musée du Louvre) et en 1803 sur le service utilisé par l’Empereur au château des Tuileries et nommé service écaille (deux assiettes sont conservées au château de Fontainebleau).

Le registre des porcelaines livrées à crédit mentionne que cette paire de vases Médicis est livrée à Jérôme Bonaparte, Roi de Westpalie en février 1812, (Pièces livrées à crédit sur ordre du gouvernement : livré à S .E. Mr le grand chambellan de S.M. Le roi de Westphalie, Arch. MNS, registre Vbb 4, f° 7, 13 février 1812),
Le plus jeune frère de Napoléon est officier dans la marine jusqu’en 1807. En juillet 1807, les territoires incluant l’électorat de Hesse-Cassel, le duché de Brunswick, la Prusse occidentale et le Hanovre sont annexés par l’Empereur et réunit pour fonder le Royaume de Westphalie, A seulement vingt-trois ans, Jérôme est nommé roi et règne pendant sept ans.

En août, immédiatement après la création de la Westphalie, Jérôme se marie à Catherine de Würtemberg, fille du Roi de Würtemberg et nièce du Tsar de Russie. Après trois mois de voyage de noces, Jérôme et Catherine gagnent la Westphalie en décembre 1807. Lorsque le couple arrive au château de Cassel, il le trouve vide et l’une des premières décisions du couple royal est d’en faire une maison importante et entreprennent de redécorer entièrement le palais (F. M. Kicheisen, Napoleon’s Yongest Brother, Londres, 1932, p. 78).

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Jérôme Bonaparte devant le Château de Cassel (Château de Fontainebleau)

L’architecte français Granjean de Montigny est appelé pour superviser la rénovation et l’ameublement du château de Cassel et du château de Napoleonshöle (précédemment Wilhemshöle) qui est entrepris entre 1808 et 1813. La majeure partie du mobilier est commandée directement auprès d’ébénistes parisiens, notamment Bernard Molitor, les objets d’art et les tissus du dernier goût sont également majoritairement en provenance de France, (Ulrich Leben, Molitor, Ebéniste from the Ancien Régime to the Bourbon Restoration, Londres, 1992, p. 62)

En Novembre 1809, le couple royal se rend à Paris pour un conseil familial au cours duquel Napoléon annonce son divorce avec Joséphine. Au cours de ce voyage, le 30 novembre, Jérôme et Catherine visitent la manufacture impériale de Sèvres. Alexandre Brongniart, directeur de la manufacture, écrit le 1er décembre 1809 à l’Intendant général de la liste civile de l’Empereur, « je m’empresse de vous informer que S. M. l’Empereur a bien voulu honorer la manufacture de sa visite hier jeudi a 4h du soir. S.M. etoit accompagnée de S.M. Le roi de Saxe, de LL.MM le roi et la reine de Westphalie, de la reine de hollande, de la princesse Pauline. J’ai eu l’honneur de lui faire voir les travaux terminés les principaux travaux en train et notamment ceux qui sont exécutés en vertu des ordres de S.M. »

Une lettre également datée du 1er décembre 1809 adressée à Alexandre Brongniart, par l’Intendant général du Ministre de l’Intérieur fait état de la volonté de l’Empereur de fournir des porcelaines de Sèvres au jeune couple : « S.M. Désire aussi que l’on porte chez la reine de Hollande un beau vase avec son portrait ; chez la princesse Pauline un beau déjeuner et deux petits vases ornés de sujets de table ; chez la Reine de Westphalie quelque chose degalante » (Arch. MNS, T. 4, L2, d. 1).

Les vases Médicis à fond écaille sont mentionnés dans les archives de la manufacture de Sèvres en 1811 et 1812 avec les descriptions suivantes :
Le 24 avril 1811 : 1 Vase Fme Médicis 2e grd écaille cartel de pays. Vue de St-Cloud avec promenade de l’Empr (Arch. MNS, Vu1, n° 271-16, f° 111)
Le 12 février 1812 : 1 Vase Fme Médicis 2 grd Fnd écaille cartel de pays. Vues des coteaux de Bellevue et Meudon, (Arch. MNS, Vu1, n° 126, n° 286-13)

Un troisième vase de même forme, décoré d’ornements identiques en or sur fond écaille et d’une vue du Château de Sans-Soucy était produit en août 1810, il est aujourd’hui conservé au musée national du Château de Versailles et de Trianon.

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Vase Médicis 2ème Grandeur, Vue de Sans-Souci, 1810, Château de Trianon, Versailles

En février 1812 sont ainsi livrés sur ordre du gouvernement les deux vases Médicis à fond écaille, deux vases étrusques anses rouleau à fond vert décorés du départ à la Guerre et du Retour de la Guerre (aujourd’hui conservés dans la collection J. Pierpont Morgan au Wadsworth Atheneum de Hartford, Connecticut, U.S.A), un vase fuseau à fond vert décoré d’un portrait de Napoléon d’après Gérard (un vase similaire est conservé au château de Compiègne), deux vases oeufs, un vase cassolette, une cheminée en marbre noir incrustée de figures et camées en biscuit, huit figures des Grands Hommes et un grand déjeuner. Le prix total de cette livraison atteint 43,000 francs (Arch. MNS, registre Vbb, f° 7v, 8).

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Deux Vases étrusques anses rouleau 1811, Wadsworth Atheneum, Hartford, U.S.A.

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Vase fuseau de 1811, portrait de l’Empereur d’après Gérard, (Château de Compiègne) et vase fuseau, 1812, portrait de Catherine de Würtemberg, (Sèvres, Cité de la Céramique)

Les vases sont probablement arrivés au château de Cassel avant qu’en 1813, Jérôme et Catherine fuient forcés la Westphalie avec plus de 150 chariots remplis de meubles.

Ils passent alors quelques mois en France puis s’exilent après la défaite de Napoléon en 1814. Ils s’installent enfin définitivement à Florence en 1821. Catherine meurt en 1835 après avoir eu trois enfants avec Jérôme. En 1840, il marie sa seule fille Mathilde au Prince Anatole Demidoff. Le contrat de mariage prévoit qu’Anatole Demidoff achète des objets d’art appartenant à Jérôme pour le soulager de ses dettes (Joanna Richardson, Princess Mathilde¸ New York, 1969, pp. 35-36 et Frances Haskell, Anatole Demidoff, Prince of San Donato, Londres, 1994, p. 19).
L’union d’Anatole et de Mathilde est rapidement un échec et ils divorcent quatre ans plus tard mais Demidoff conserve de nombreux objets d’arts provenant de l’ex-Roi de Westphalie et de Mathilde.

C’est ainsi que les vases Médicis figurent dans la dispersion du contenu de la villa San Donato en mars 1880 sous le n° 122, le n° 120 étant les deux vases étrusques à rouleaux à fond vert également livrés à Jérôme en 1812 et aujourd’hui au Wadsworth Atheneum. Les vases Médicis apparaissent ensuite en vente à Paris en décembre 1963.

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