Résultats des ventes

Sèvres
Résultat : 3.750 euros / Daguerre, Hôtel Drouot, Paris 4 juin 2012

Résultat : 3.750,00 euros

Lot 194

Sèvres

Groupe en biscuit de porcelaine dure de Sèvres représentant seize enfants guerriers sur un rocher sur une base ovale reposant sur un socle à fond bleu et filet or.
Le groupe marqué en creux : LRx pour Le Riche.
Le socle marqué en creux : socle de la Toilette et en or : LL entrelacés, sans lettre-date, marque de doreur de Weydinger.
XVIIIe siècle, vers 1785-90.
(quelques accidents aux extrémités).
H. 31 L. 36 P. 26 cm (avec le socle)


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Ce groupe, dénommé Le Combat des scarabées et les trois figures suivantes nommées Amours au papillon font partie d’un ensemble de figures et groupes réunis sous le titre des Enfants de l’histoire naturelle ou également Les Petits combattants.
L’idée originale d’associer à la porcelaine des papillons et insectes revient à Jean-Jacques Hettlinger, co-directeur et inspecteur de la manufacture de Sèvres à partir de 1784.

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Hettlinger, originaire de Winterthur en Suisse, commence sa carrière comme médecin dans les mines de Baigorry en Navarre en 1756 et devient Inspecteur général des mines de Navarre ; dans le même temps il étudie les sciences naturelles, publie des articles sur l’entomologie et devient membre de l’Académie des sciences de Lisbonne et de la société de physique de Zurich.

Dès la fin des années 1770, Hettlinger réalise des marqueteries de plumes d’oiseaux sur des dessus de boites. Il fait présent au Roi Louis XVI en décembre 1779 de « deux tabatieres ornees d’oiseaux faits avec des plumes naturelles ». En 1788, Hettlinger vend personnellement lors de l’exposition annuelle de porcelaines de Sèvres à Versailles un grand nombre de ses ouvrages constitués principalement de boutons, médaillons, tableaux, plateaux et dessus de boites ou encore des pièces ovales et rondes vendues à Thomire et madame Lignereux pour dessus de chiffonière en 1789. Un médaillier estampillé de Benneman, acheté par Louis XVI vers 1788, aujourd’hui conservé au château de Versailles, est décoré d’une marqueterie d’Hettlinger formée de plumes d’oiseaux et d’ailes de papillons pris dans la cire.
Un plateau octogonal de guéridon décoré de trois oiseaux sur des branches, faits en plumes d’oiseaux, aujourd’hui conservé au musée Ephrussi de Rothschild à Saint- Jean-Cap-Ferrat est un autre exemple des réalisations d’Hettlinger.

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A partir de 1785, il réalise en collaboration avec Louis Simon Boizot des groupes et figures formés d’enfants associés à des papillons ou insectes. Ils sont détaillés sur un registre de révision de prix de sculpture en 1787 conservé aux archives de Sèvres et comprenaient : « les enfants aux scarabées, les enfants aux papillons, le guêpier, le guerrier au casque, le guerrier à genou, le chasseur au cornet, le chasseur en embuscade, le guerrier au bouclier, la légèreté, Zéphir dans un char (ou amour au char ou char à papillon) », et également « l’inconstance fixée, la fidélité délaissée », ces deux derniers décrits comme étant des chiens (Arch. MNS, Y19, f° 56).

L’inventaire des moules mentionne également un « groupe du combat des scarabées » (Arch. MNS, V3, l1).

Deux « enfans au papillon » sont présentés au roi Louis XVI le 20 décembre 1785 à Versailles à 72 livres (Arch. MNS, Eb1, d8). Puis ces figures et groupes apparaissent dans les registres de ventes de la manufacture de Sèvres à partir de janvier 1786 à des prix variant entre 48, 72, 96 ou 120 livres et décrits comme : « enfants papillons et bocaux, enfants aux papillons, Amour aux papillons, groupe aux papillons, groupe insectes, char à papillon ».

Parmi les acheteurs figurent notamment la comtesse de Provence, le comte et la comtesse d’Artois, Madame Elisabeth, la princesse de Lamballe, le duc de Liancourt, le comte de Narbonne, la duchesse de Devonshire ou le comte Fernand-Nuguès (sic).

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Les comptes de Jean-Jacques Hettlinger conservés aux archives de la manufacture de Sèvres font apparaitre un achat de 200 papillons chez Dolmer à Metz en mars 1788 pour 72 livres.

Un seul groupe décrit comme « groupe enfants scarabées » semble figurer dans les registres des ventes. Il est vendu au prix de 360 livres réduit à 120 livres lors d’une vente publique organisée dans le magasin parisien des marchands Daguerre et Lignereux rue Saint-Honoré en avril 1793 en même temps que trois « groupes papillons » à 120 livres.

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Le groupe semble réunir un bon nombre des « enfans de l’histoire naturelle » également réalisés isolément. Le socle à fond bleu est très probablement un réemploi fait au XVIIIe siècle d’un socle pour le groupe de la Toilette, dont les pendants sont les groupes de la Nourrice et du Déjeuner.

Ce groupe et les deux enfants sous globe sont très vraisemblablement dans la même collection depuis la fin du XVIIIe siècle ou le début du XIXe siècle. L’actuelle propriétaire de ce groupe se souvient encore de ses frayeurs d’enfant, il y a quelques décennies, lorsqu’elle apercevait les gros insectes alors encore présents sur le groupe.

Je remercie madame Tamara Préaud, ancienne directrice des archives de la manufacture de Sèvres, pour son aide précieuse dans l’identification de ce groupe et la maison Deyrolle, rue du Bac pour ses conseils dans le choix des insectes employés pour cette reconstitution.

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Bibliographie :
Christian Baulez, « Un médaillier de Louis XVI à Versailles », Revue du Louvre, 3-1987, p. 174
Pierre-François Dayot, La Villa Ephrussi de Rothschild, ouvrage collectif sous la direction de Régis van des Rives, 2002, pp. 184-186
Aileen Dawson, « Hettlinger and his feather pictures », The French Porcelain Society Journal, vol. II, 2005, pp. 103-113.

 

 

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